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VERRAZANO À LA RECHERCHE DU PASSAGE DU NORD-OUEST DÉCOUVRE NEW YORK |
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La découverte de
la
côte Est des Etats-Unis |
Pont Verrazano à New York - DIUPNC |
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Les Italiens revendiquent l'origine florentine de Verrazano. Sa statue est érigée à Greve in Chianti en Toscane. Photo Louis Garden sur Internet. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC
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Qui était vraiment
Verrazano ?
Au temps des découvertes les grands navigateurs italiens
proposaient leurs services aux souverains étrangers : Christophe Colomb a
travaillé pour l'Espagne, Giovanni Cabot pour l'Angleterre, Americo Vespucci pour le Portugal, mais le cas de
Verrazano est particulier considéré généralement comme Florentin. Jacques
Habert n'a pas pu établir de
façon certaine le lieu de
sa naissance vers 1481 et tous les documents découverts en Italie
attestent que Giovanni Verrazano, s'il a bien effectué ses études à Florence,
a passé la
plus grande partie de
sa vie en France où il serait peut-être né à Lyon dans une famille toscane
immigrée depuis un siècle, les Verrasan. A défaut de
pouvoir prouver sa naissance française on peut dire que nous sommes en
présence d'un homme parfaitement intégré dans sa patrie d'adoption,
maîtrisant bien la
langue française et probablement naturalisé. Dans un acte du tabellionnage de Rouen en date du 11 mars 1526,
il se fait nommer "noble homme Jehan de Verrazane" et, précise Jacques Habert dans tous les
documents officiels concernant les armements des navires il est désigné sous la
forme francisée de
son nom. Avec le souci de
ne pas gommer ses origines italiennes et pour marquer sa double nationalité
effective, sinon officielle, nous l'appellerons Jean Verrazano. Comme évoqué
plus loin, ce dernier avait un frère cartographe : Girolimo
Verrazano.
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La
préparation du voyage au Havre de Grâce Comme l'origine du navigateur, le port
d'armement et de départ de l'expédition a été longtemps controversé. Là
encore Jacques Habert apporte des réponses étayées notamment avec la
découverte en 1979 dans une collection de paraphes royaux détenus par la Research Library de l'Université de Californie à
Los-Angeles, de l'ordre de départ des quatre navires de Verrazano signé le 16
mars 1523 à Bray-sur-Seine par François 1er adressé au vice-amiral
du Chillou au Havre. En substance, cette
missive indique à du Chillou que l'interdiction de
laisser sortir les navires de plus de 80 tonneaux ne s'applique pas "aux
quatre navires que Jehan de Verrassane a fait
équiper en guerre par mon commandement pour faire le voyage des Indes"
Ainsi donc, six ans après la fondation du Havre de Grâce, port souverain de
Normandie, François 1er mettait en application sa ferme résolution
de ne pas laisser aux seuls conquistadores le bénéfice de la découverte des
"terres neuves" en dépit du traité de Tordesillas qui leur en
attribuait l'exclusivité. D'autres témoignages montrant que l'armement de l'expédition Verrazano de 1523-1524 a bien eu lieu au Havre nous sont fournis, entre autres, par un état de dépense de la Marine au Havre de 1522 publié par Stéphano de Merval dans ses documents relatifs à la fondation du Havre, et par Charles de la Roncière dans son Histoire de la Marine Française qui note que l'un des commanditaires de l'expédition Giuliano Bonaccorsi vint au Havre assister à l'appareillage en juin 1523. De la flottille composée de quatre navires confiés au grand navigateur européen avant l'heure Jean Verrazano, les noms de deux d'entre eux seulement sont connus : la Dauphine et la Normande. A cette époque il y avait deux maîtres à bord : le capitaine, patron de l'équipage, chargé des affaires commerciales s'il s'agissait d'un navire marchand et l'homme de la science nautique, le navigateur savant, à la fois hydrographe, cosmographe, cartographe, naturaliste, ethnographe à l'occasion. Embarqué sur la Dauphine, Verrazano était celui qui menait la barque, le véritable chef de l'expédition responsable de la route des quatre bâtiments, le capitaine de la Dauphine étant Antoine de Conflans. |
Le Havre de Grâce au XVIe siècle.
Détail du dessin de Jacques de Vaulx."Le
Havre d'Autrefois" d'Alexis Lemale
- DPLD |
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Maquette de la Dauphine in "Les grands navigateurs" par Claude Briot, contribution à Dieppe-Canada 500 ans d'histoire commune. Musée de Dieppe - Editions Magellan 2004. |
La Dauphine Construite en 1518, peut-être au Havre
de Grâce écrit Jacques Habert dans sa thèse, ce qui en ferait une des toutes
premières constructions navales havraises avec la nef de 500 tonneaux l'Hermine
construite dans la Fosse de l'Eure en 1517 par Rigault de Berquetot
; la Grande Françoise n'ayant été lancée qu'en mars 1524
par Jérôme de Fer gentilhomme de Savonne, dans des conditions lamentables
telles qu'elle ne put jamais sortir du port et due être dépiécée (démolie)
quelques années plus tard. Il est attesté en tout cas qu'en 1520, alors que
François 1er projetait une expédition en Écosse et qu'il faisait
recenser la liste des bâtiments disponibles, la Dauphine du
capitaine Conflans se trouvait dans le port du
Havre de Grâce. [Borely 1880 Histoire de la Ville du
Havre Tome 1 page 197 note 1] Borely a eu en main
des archives aujourd'hui disparues. Il qualifie la Dauphine de
barque mais au sens de navire à trois mâts du type caravelle de l'époque. On ne sait pas grand chose sur les
caractéristiques et dimensions de ce navire. La maquette du Musée de Dieppe
réalisée en 1963 par M. Rochaix sur des plans
établis par Henri Cahingt d'après des
représentations des navires de l'époque figurant sur les portulans, les
vitraux ou les graffiti, montre un bâtiment à trois mâts surmontés de nids de
pie ou postes de veille aux deux premiers mâts, avec gaillard, grande dunette
depuis l'aplomb du grand mât, équipée d'un haut pavois en sa partie arrière.
D'après le dessin d'une autre maquette de la Dauphine conservée
au Musée Historique de la Ville de New York, publié dans l'ouvrage de Jacques
Habert, le gaillard est en saillie par rapport à l'étrave, de même que la
dunette déborde de l'aplomb de l'étambot, la tonture de la coque est beaucoup
plus accentuée que sur la maquette de Dieppe et les mâts ne portent qu'une
seule vergue chacun. Sur ce dernier modèle réduit, la figure de proue
représente un dauphin. Le bâtiment aurait été dédié au fils aîné de François
1er et de la reine Claude, né à Amboise en février 1518. On peut
se poser la question : pourquoi la Dauphine ? Son
équipage se compose de 50 hommes ce qui confirme la taille modeste du navire,
probablement aux alentours de 100 tonneaux de jauge, et peut-être un peu
moins. |
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Un
début de voyage mouvementé "C'est du Havre, vers la mi-juin
1523, que partirent les quatre nefs" écrit Jacques Habert. L'un des
associés de Verrazane, Julien Bonnacorsi
assistait à l'appareillage. C'est lui qui à Paris et à Rouen avait assuré la
liaison entre le navigateur et les commanditaires lyonnais. Il n'était pas le
seul, trois autres "Florentins" de Lyon vinrent au Havre neuf pour
affaires en juin 1523 : Luigi Alamanni, Zanobi Buondelmonti et Giovambatista della Palla.
L'idée première de Verrazano n'était pas de trouver le passage vers la Chine
au Nord du continent américain en faisant cap à l'Ouest le long du 50e
parallèle, route habituelle des terre-neuviers mais par la route de l'Est au
Nord de la Moscovie. Après le départ du Havre, il surprit son monde en
faisant route en direction de la Mer de Norvège à la recherche d'un passage
du nord-est. Est-ce à la demande de Jean Ango, pour
compléter l'équipage ou le matériel, toujours est-il que la flottille aurait
fait escale à Dieppe en passant et serait repartie de ce port. Le début du
voyage est assez confus, Verrazano lui-même est resté discret sur ce qui
s'est passé réellement. Son rapport à François 1er fait l'impasse sur les six
premiers mois de l'expédition. On sait cependant qu'en août 1523, il était
par 71° de latitude Nord et entrait dans l'Océan Arctique. Les éléments se
dressèrent alors contre lui : la brume, les glaces et le blizzard
l'arrêtèrent dans sa progression. A la fin août, les quatre bâtiments se
perdirent de vue, la tempête redoubla de violence et deux d'entre eux firent
naufrage. La Normande sérieusement endommagée et la Dauphine
moins touchée, firent demi-tour. Les vents du secteur Nord les
entraînèrent sur les côtes écossaises, puis irlandaises. Tant bien que mal
Verrazano et Antoine de Conflans parvinrent
finalement à entrer en relâche en octobre 1523 dans un port breton, peut-être
Saint-Malo où plusieurs hommes de l'équipage mirent sac à terre. Selon Jacques Habert, Verrazano y aurait
rencontré Jacques Cartier et l'aurait convaincu d'embarquer comme second à
bord de la Dauphine. L'historien canadien, Gustave Lanctot a soutenu une thèse sur le grand navigateur
malouin découvreur du Canada dans laquelle il démontre que celui-ci était
absent de Saint-Malo pendant les deux principaux voyages de Jean Verrazano en
Nouvelle France en 1524 et au Brésil en 1526 mais cette thèse est contestée
par Marcel Trudel historien de la Nouvelle France. A l'automne 1523, la
France est prise en tenaille entre les Anglais débarqués à Calais marchant
sur Paris et les Espagnols assiégeant Bayonne. La Dauphine appelée
au combat doit descendre en découdre dans le Golfe de Gascogne. Victorieuse,
elle ramène son butin à La Rochelle. Les événements tournant à l'avantage de
François 1er et le calme revenu, Jean Verrazano poursuivit son
idée d'atteindre la Chine mais cette fois en cherchant le passage par la
route de l'Ouest. Il serait parti de La Rochelle vers le 1er
janvier 1524 avec la seule Dauphine et peut-être Jacques
Cartier à son bord. Le 17 janvier, il était à Madère. A partir de là les
choses sont précises car son rapport à François 1er, achevé le 8
juillet 1524 au retour du voyage à Dieppe, publié notamment par René Herval, et dont on peut trouver maintenant une traduction
en anglais sur Internet, fournit quantité de détails. Il commence ainsi :
"Nous partîmes avec la Dauphine le XVIIIe
jour de janvier (1524) d'un rocher désolé proche de l'île de Madère (Porto
Santo), forts de 50 hommes, pourvus de vivres, armes et autres engins de
guerre et de munitions de mer pour huit mois." Après avoir couru à
l'Ouest à travers l'Océan Atlantique pendant 25 jours, puis au nord-ouest
pendant encore 25 jours, Verrazano aborde, le 7 mars 1524, par 34° Nord, une
terre nouvelle (actuelle Caroline du Nord) que nul navigateur Européen n'avait
encore cartographiée. Il la décrit comme une terre assez basse, présentant,
au delà du rivage de sable fin, de belles campagnes et d'immenses forêts
d'essences peu connues. Onze ans plus tôt, en 1513, Ponce de Léon avait
exploré la côte de Floride jusqu'à cet endroit mais n'avait pas poursuivi
plus loin vers le Nord. |
Manoir d'Ango à Varengeville (Seine Maritime) avant transformations. Photo Jacques Berhault sur Internet. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC
Jacques Cartier, portrait par le peintre Québécois Théophile Harel (1817 - 1870). DPLD usage non commercial |
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Carte de la découverte de la côte atlantique des Etats-Unis en 1524, avec tracé en pointillé de la route suivie par la Dauphine, mention d'une mystérieuse Mer Orientale (passage en mer libre recherché pour atteindre l'Océan Pacifique), de l'Arcadie (devenue Acadie) et de la Francescane (devenue Nouvelle France).Toponymie choisie par Verrazano. Croquis extrait du livre de Jacques Habert : Verrazane. Quand New York s'appelait Angoulême. Perrin. Paris 1993 © Carte de Sébastien Münster en 1540 représentant le Nouveau Monde américain. L'utopique Mer de l'Ouest recherchée par Verrazano y est encore représentée au milieu de l'Amérique du Nord. De même qu'en bas de la carte, le détroit de Magellan est situé à la pointe extrême de l'Amérique du Sud, séparant celle-ci de l'Antarctique. Le savant navigateur havrais Guillaume Le Testu démontrera le contraire (voir plus loin). Source de la carte : National Archives of Canada NMC - 21090. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC. |
La
reconnaissance de la côte atlantique des futurs Etats-Unis Après avoir longé la côte au Sud, à la
lisière d'une forêt qui le ravit, Verrazano baptise l'endroit Forêt de
Lauriers. Poursuivant sa route toujours vers le Sud, un autre lieu est appelé
une semaine plus tard Champ de Cèdres. Palmiers, lauriers, cyprès et autres
essences odorantes l'enchantent. Il est le premier européen à décrire avec
enthousiasme la forêt américaine. Il est vrai que l'espoir de trouver de l'or
et le fameux passage vers la Chine rendait sa plume légère. La Dauphine
est alors aux environs de l'actuelle rivière Savannah, limite entre la
Caroline du Sud et la Géorgie. Des feux à terre prouvent que la région est
habitée, mais les indigènes ne se montrent pas. Descendre plus au Sud était
prendre le risque de guerroyer avec les Espagnols, aussi Verrazano
décida-t-il de faire demi-tour et de poursuivre l'exploration de la côte vers
le Nord, complétant ainsi les découvertes de Ponce de Léon.
Revenu à la Forêt de Lauriers , un
premier débarquement est décidé car les vivres fraîches manquent. Une
chaloupe est envoyée au rivage. Les Indiens d'abord effarouchés, finissent
par se montrer et offrent des victuailles en échange de cadeaux. La confiance
établie, Verrazano se rend à terre parlementer avec
eux. Dans son rapport à François 1er, il en fait une présentation
en véritable ethnographe. Elle est la première description des Amérindiens de
la côte atlantique des actuels Etats-Unis. Un deuxième débarquement a lieu le
25 mars 1524 un peu plus au Nord près du Cap de la Peur (Cap Fear) et la région fut appelée par Verrazano, Terre de
l'Annonciation (actuelle Caroline du Nord). Longeant la côte vers le Nord, il
découvre un isthme auquel il donne son nom, croyant se trouver à l'embouchure
d'un détroit qui le conduirait dans l'Océan Pacifique et à la Chine. Il
s'agit en réalité du Cap Hatteras au Sud de la baie de Chesapeake et le
détroit espéré n'est qu'une lagune, l'actuel Sound de Pamlico.
Cependant la déception ne le fait pas renoncer à l'idée d'une Mer intérieure
reliant les deux océans. Ainsi Verrazano serait à l'origine de l'utopie de la
Mer de l'Ouest appelée par certains cartographes Mer de Verrazano, erreur qui
lui sera longtemps reprochée et qui peut expliquer sa longue disgrâce. Passé
le Cap Hatteras, le littoral paraissait infranchissable, aucun passage à
travers la longue langue de sable s'étendant jusqu'à l'actuelle Baie de
Chesapeake. A cet endroit, aujourd'hui en Virginie, à la fin de mars 1524,
Verrazano met à nouveau pied à terre et baptise ces nouvelles terres en
hommage à François 1er, Francesca, nom qui deviendra Francescane puis Nova Francia ou Nouvelle France et va
comprendre également les nouvelles terres encore à découvrir par les Français
en Amérique du Nord. Julien raconte que les Normands voulurent capturer un
Indienne "fort belle et d'imposante stature" pour l'emmener en
France mais que celle-ci se serait tant débattue qu'ils durent y renoncer. Au
temps des découvertes, les navigateurs ramenaient des preuves vivantes de
leurs expéditions afin d'être crus par les commanditaires de ces voyages à la
grosse aventure.
La Dauphine ne pénètre pas dans la Baie de
Chesapeake mais poursuit sa route vers le Nord, le long d'un rivage baptisé,
Côte de Lorraine. La troisième escale a lieu le 2 avril. Pratiquement la
moitié de l'équipage débarque sur une plage et tente une incursion à
l'intérieur des terres, ce qui permet à Jean Verrazano d'observer le mode de
vie des Amérindiens et de faire, dans son rapport, une description bucolique
de cette région qu'il baptise Arcadie en raison de la beauté des paysages et
des mœurs pastorales de ses habitants. Moins lyrique est le rapt d'un garçon
d'une huitaine d'années enlevé, pour le ramener en France, à la vieille
Indienne qui le gardait. Du 8 au 13 avril 1524, Verrazano reconnaît la côte
des actuels Delaware et New Jersey où des promontoires sont nommés Cap
Alençon, Cap Bonnivet et une grande rivière Vendôme. Une terre haute en bord
de mer apparaît pour la première fois à nos navigateurs (Navesink
Highlands). Verrazano la nomme colline de Saint Pol en hommage au général qui
avait repoussé les Anglais devant Paris au mois de décembre précédent. |
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La
découverte de New York A la mi-avril, le jour exact n'est pas
précisé dans le rapport, par temps couvert, la Dauphine s'engage,
entre deux collines, dans une passe étroite (les Narrows)
aboutissant à une profonde embouchure de rivière (actuelle Hudson River). La
sonde indique une bonne hauteur d'eau ce qui fait écrire à Verrazano que cet
abri pourrait recevoir un grand nombre de navires de toutes dimensions à
pleine charge. Il s'agit du premier véritable port maritime naturel découvert
par les Français sur la côte Est d'Amérique du Nord. Le temps est menaçant et
le capitaine hésite à s'engager plus avant dans la baie, préférant jeter
l'ancre en un lieu abrité à l'entrée, probablement sur le rivage de l'actuel
Brooklyn avance Jacques Habert. Une chaloupe est mise à l'eau pour remonter
la passe. Jean Verrazano est à bord avec vingt hommes d'équipage. Il écrit
dans son rapport : "Nous pénétrâmes dans le pays. Nous le trouvâmes fort
peuplé. Les gens étaient vêtus de plumes d'oiseaux de couleurs variées. Ils
venaient à nous gaiement, en poussant de grands cris d'admiration et en nous
montrant l'endroit le plus sûr pour aborder. Nous remontâmes la rivière (le
chenal) jusqu'à une demie lieue à l'intérieur des
terres. Là nous vîmes qu'elle formait un très beau lac d'environ trois lieues
de tour. Sur ce lac allaient et venaient sans cesse de tous côtés une
trentaine de petites barques montées par une foule de gens passant des deux
rives pour nous voir". Verrazano venait de découvrir le port qui
deviendra New York. et que pour l'heure, il baptise Terre d'Angoulême en
hommage à François 1er. Il nomme la baie Sainte Marguerite du nom
Marguerite d'Angoulême, la sœur du Roi. La grande rivière se jetant dans la
baie ne reçoit pas de nom particulier et sur les cartes établies après cette
reconnaissance notamment en 1529 par son frère Girolimo
Verrazano, elle figure sous le nom de rivière Grande dans le pays de Nova
Gallia. Le mauvais temps empêcha les Normands de rester plus longtemps, ce
qu'il aurait aimé pouvoir faire : "Nous quittâmes cette terre à regret,
en raison de ses avantages et de sa beauté."
Comme ils le feront plus tard pour Clipperton découverte en 1711
sous le nom d'île de la Passion par le navigateur havrais Michel Dubocage, les Anglais passés maîtres dans l'art de
récupérer à leur compte les découvertes françaises en changeaient les noms
sur leurs routiers et leurs cartes marines. Ainsi en advint-il de la
reconnaissance de la Terre d'Angoulesme par
Verrazano en 1524 après que le navigateur anglais John Smith ait visité la
Virginie en 1607 et que Hudson entra à son tour dans la Baie du futur New
York où il donna son nom à le rivière Grande. Ainsi
la ruse de François 1er pour contourner le traité de Tordesillas
se retourna-t-elle contre lui en Amérique du Nord. Il avait déclaré,
rappelons le, qu'il ne suffisait pas d'avoir découvert une terre nouvelle
pour en être propriétaire mais qu'il fallait y maintenir une présence pour en
garantir la souveraineté, ce qu'il ne fit pas, trop occupé à guerroyer en
Europe et à chasser divers gibiers. Vers la
Terre aux Bretons, le retour en France, le bilan
Navigant ensuite vers le nord-est après avoir quitté le havre
d'Angoulême, le long d'une côte que l'on baptise Flora, la Dauphine atteint
une île de forme triangulaire que Verrazano compare à Rhodes et qu'il dédie à
la mère de François 1er, Louise de Savoie. Reprenant la
comparaison initiale de Verrazano, les Anglais en feront Rhodes Island. Ce
serait un des rares toponymes datant de ce voyage de découverte en 1524 qui
aurait perduré sur cette côte Est des actuels Etats-Unis, l'Acadie se
trouvant au Canada. Le 22 avril on pénètre dans un autre très beau port
susceptible également d'abriter une importante flotte que l'on baptise Le
Refuge et qui deviendra Newport. L'équipage y passe deux semaines en compagnie,
écrit Charles André Julien "de sauvages qui rivalisèrent, les femmes de
curiosité, les hommes de générosités mais aussi de jalousie." Cette
terre note Verrazano dans son rapport est située sur le parallèle de Rome. Ce
détail prouve ses connaissances scientifiques approfondies car effectivement
l'actuelle ville de Providence, capitale du Rhodes Island est située par 41°
50' de latitude Nord, Rome étant par 41° 54', soit une approximation de 4
milles marins ou 7, 4 kilomètres, à l'échelle du globe terrestre c'est
insignifiant. En humaniste de la Renaissance Verrazano fait une description
respectueuse des Amérindiens de cette région. Dans ce Havre du Refuge
découvert par les Français, Jacques Habert rappelle que 256 ans plus tard,
pendant la guerre d'indépendance américaine, l'armée française du comte de
Rochambeau y débarqua pour participer et remporter la victoire à Yorktown.
Le 6 mai, la Dauphine quitte Le Refuge, poursuit sa
progression vers le nord-est sans jamais perdre la côte de vue. Un promontoire
élevé est baptisé Pallavacino du nom d'un fidèle
capitaine de François 1er mort à Pavie. En 1604, lors de son
second voyage au Canada, Champlain renommera ce point remarquable Cap Blanc.
De leur côté les Anglais le porteront sur leurs cartes sous le nom qu'il a
conservé depuis : le Cap Cod (Cap de la Morue). C'est à cet endroit qu'en
1620, le Mayflower débarqua
ses "Pèlerins". A la mi-mai la sixième escale s'effectue à Casco Baty près de Portland (noms actuels). L'accueil
n'est pas aussi cordial que les fois précédentes. Les Indiens qui portaient
des pendants d'oreilles en cuivre prouvant que la région possédait des mines
se montrent agressifs, aussi cette région (actuel Maine) est elle nommée
Terres des Mauvaises Gens sur la carte de 1529. Jean Verrazano pense que ces
Indiens avaient déjà eu des contacts avec d'autres Européens, probablement
des Portugais qui ne laissaient pas de bons souvenirs de leurs passages. Ce
qui ne l'empêche pas d'opérer une excursion au cours de laquelle il découvre
et décrit la patate douce de couleur rosée du New Hampshire.
La Dauphine, poursuivant son exploration s'engage
dans un dédale d' îles aux passes et ports
excellents qui font penser à la Mer Adriatique. Les trois plus grandes îles
dans l'actuelle Baie de Penobscot sont baptisées les Trois Filles de Navarre.
On remonte jusqu'à un îlot proche de l'île Sainte Croix où Champlain et Dugua de Mons tenteront de fonder un établissement
français en 1604. Verrazano avait atteint la Baie Française devenue Baie de
Fundy mais il ne s'y engage pas. Déçu de ne pas trouver ce fameux passage
vers la Chine, rencontrant des tribus indiennes devenues hostiles avec
lesquelles il ne veut pas engager de combats, en but probablement à des
dissensions internes à bord du navire parti de France depuis cinq mois, et
surtout à bout de vivres notamment de boissons, la Dauphine effectue
une dernière escale à la Terre aux Bretons pour se ravitailler en eau douce
et en bois pour la cuisine. Le 28 mai 1524 après avoir reconnu près de
4 000 kilomètres de côtes américaines, Verrazano décide de rentrer en France
par la route en droiture bien connue des terre-neuvas Bretons et Normands qui
naviguaient alors en latitude en suivant le 50e parallèle Nord. Le
8 juillet suivant, soit après une longue traversée de 41 jours au cours de
laquelle Jean Verrazano termine son rapport, la Dauphine arrive
à Dieppe d'où le compte-rendu du voyage sont aussitôt envoyé à François 1er.
Charles André Julien fournit un bilan mitigé de cette expédition
de Verrazano qui avait parcouru 700 lieues marines d'une terre inconnue
baptisée Francescane en hommage à François 1er . Il avait établi la jonction entre les
terres découvertes par les Espagnols au Sud et les Portugais au Nord. Il
ramenait la perspective de trouver des richesses, de l'or notamment dont le
sol en avait la couleur, du cuivre, des drogues, des liqueurs aromatiques,
mais il n'avait pas trouvé le fameux détroit débouchant sur l'Océan Pacifique
et ne paraissait plus convaincu de son existence. Les financiers lyonnais
firent grise mine. Commercialement parlant, l'expédition était un échec. Mais
du point de vue géographique, Verrazano rapportait d'importants résultats et
c'est probablement ce qui l'intéressait le plus. Il affirmait sans ambiguïté
qu'il s'était trouvé en présence d'une terre ignorée des anciens : "Un
autre monde, plus grand que notre Europe, que l'Afrique et presque que
l'Asie. Cette terre ou Nouveau Monde forme un tout. Ce continent s'étendrait
donc entre la Mer Orientale (Océan Atlantique) et la Mer Occidentale
(Pacifique) contrairement à l'opinion d'Aristote". Jean Verrazano n'a
pas redécouvert l'Amérique 32 ans après Colomb, il a apporté la démonstration
que ces terres neuves était bien un nouveau continent. Pour les Havrais, il
est surtout le découvreur de New York et ce n'est pas rien. Le
voyage imprévu de Verrazano à Sumatra, sa mort au Brésil Verrazano
pensait pouvoir obtenir une audience auprès de François 1er et lui
faire part de ses projets concernant ses découvertes mais le Roi avait
d'autres préoccupations plus urgentes. Le connétable de Bourbon venant
d'envahir la Provence, était à Aix et menaçait Marseille. On connaît la suite
de l'histoire : désastre de Pavie le 26 février 1525 et captivité du Roi.
Verrazano avait perdu son meilleur soutien. Il s'adresse alors à l'amiral
Chabot et à Jean Ango toujours preneurs de bonnes
affaires. Une société en commandite est constituée en avril 1526 pour armer
trois navires "qui feraient le voyage des épiceries aux Indes
occidentales". Chabot fournissait deux
galions qui étaient au Havre et 4 000 livres, Ango une nef ancrée à Dieppe et 2 000 livres, tous les
deux se réservant le quart du bénéfice sur les marchandises et Chabot un
supplément d'un dixième sur les prises. Par ailleurs Jean Verrazano avait le
soutien des négociants Rucellai de Rouen. L'expédition appareille d'Honfleur le 15
juin 1526 écrit Jacques Habert en direction cette fois l'Amérique du Sud. Son
frère Jérôme, le cartographe, auteur de la carte de 1529, est du voyage. En
réalité, ils avaient l'intention d'atteindre les Indes Orientales par la
route de l'Ouest dite route des Espagnols. Fin août la flottille est sur la
côte du Brésil où une escale de rafraîchissement pour les vivres et le bois
pour la cuisine est nécessaire. En octobre, elle atteint le Rio de la Plata et en décembre, s'engage dans le détroit de
Magellan que les navigateurs de l'époque appelaient la "Bouche du
Dragon". Les vents violents les refoulent du goulet dont ils sont
littéralement recrachés. Puisque la route des Espagnols lui est interdite par
les éléments, Jean Verrazano décide alors d'emprunter celle des Portugais par
le Cap de Bonne Espérance et l'Océan Indien. Ce n'était pas prévu dans le
contrat d'engagement des équipages, d'où une première mutinerie à bord de
l'un des navires. Naviguant trop au Sud on rate Madagascar et après de
longues semaines d'errance, cap au nord-est, ignorant tout du régime des
moussons, la flottille arrive à Sumatra en Indonésie au cours de l'été 1527
soit moins de 2 ans avant le Sacre et la Pensée
des frères Parmentier de Dieppe. |
Tableau de Colton, Zahm & Roberts, 1868, after F.A. Chapman illustrant l'entrée du navigateur anglais Hudson dans la baie de New York le 12 septembre 1609 soit 85 ans ans après Verrazano. Source : Library of Congress, Prints & Photographs Division, Photochrom Collection (reproduction number LC-USZC4-686) Usage pédagogique non commercial. DIUPNC. Hudson naviguait alors pour le compte de la Compagnie Hollandaise des Indes..
Comme l'indique le trajet en vert foncé le long de la côte nord-est canadienne, lors de son expédition de 1524 à la recherche du passage en mer libre débouchant sur l'Océan Pacifique, Verrazano serait remonté jusqu'à Terre Neuve, où il décide d'abandonner et de rentrer en France. Origine de la carte : Ressources naturelles du Canada. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC.
Les pélerins du Mayflower débarqués au Cap Cod, (ex Cap Blanc de Champlain) Baie de Plymouth dans le Maine en novembre ou décembre 1620 (les sources varient). Anglais calvinistes puritains chassés par les persécutions de Jacques 1er, ces premiers colons américains survivront grâce à la pêche et à la culture du maïs que leur enseignent les Iroquois. Historia Nostra. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC
Détail du monument érigé en hommage à Jean
Verrazano dans Battery Park à New
York. .Photo non signée sur Internet. Usage pédagogique non
commercial. DIUPNC
Le mythique passage du nord-ouest tant recherché par Verrazano et les grands navigateurs du XVIe siècle va-t-il devenir une réalité ? En s'affranchissant des contraintes du canal de Panama (largeur des écluses), cette nouvelle voie de navigation permettrait de gagner plus de 4 000 milles (7 400 Km) sur la traversée du Havre à Hong Kong, mais à quel prix ? Photo image de la NASA sur Internet 2007. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC. Mal reçu à Achem (Atjeh) où des marins français sont tués par les
indigènes, Verrazano abandonne son projet et décide de rentrer en France. Au passage,
il atteint les Maldives puis l'île Saint-Laurent (Madagascar) où ses hommes
seraient les premiers Français à avoir abordé. Vers la fin de l'année 1527,
deux navires font naufrage sur un banc de sable au Nord de l'île en
repartant. Ce voyage est décidément un fiasco total. Sur une mauvaise
chaloupe, les naufragés parviennent à gagner la côte du Mozambique où ils
sont capturés par les Portugais. Avec leur navire rescapé du désastre les
deux frères Verrazano font alors voile vers le Brésil ; ils espèrent pouvoir
y trouver un chargement de retour afin de couvrir une partie des dépenses de
cette périlleuse expédition. Ce grand voyage qui dura 15 mois n'en
représentait pas moins pour l'époque, un grand exploit maritime qui contribua
à asseoir la réputation du grand navigateur Jean Verrazano.
Entrepris au nom de la liberté du commerce et du principe que les
Brésiliens pouvaient vendre leurs produits à qui ils voulaient et pas
seulement à leurs maîtres Portugais, une nouvelle expédition est montée avec
5 navires cette fois pour aller fonder un comptoir français au Brésil, 27 ans
avant l'entreprise de Villegagnon et poursuivre les explorations au Nouveau
Monde. Le départ est prévu au printemps 1528 de Fécamp. Jean Verrazano est
embarqué sur la Flamengue. Ce
sera son dernier voyage au cours duquel il va trouver une fin tragique,
dévoré par les cannibales sous les yeux de son frère.
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