La motivation et le désir d’apprendre
chez les élèves
par Joëlle Mirabaud, professeur de SVT et coordonnatrice de l'action "Lutte contre l’échec scolaire"
au sein du Lycée Mansart de Saint-Cyr l’école

Intervention au cours des JPS (journées pédagogiques) du 17 et 18 novembre 2000
de l’APCEP (Association des Professeurs de Communication administrative de l’Enseignement Public)
et de l’AP-EG (Association nationale des Professeurs d’Economie et de Gestion)

Comment débuter une nouvelle activité

Relancer l'intérêt pendant une longue séance

Développons leur désir d'apprendre

Trop d’élèves sont présents en classe par défaut plutôt que par choix. Nous pouvons agir à court terme, stimuler l’intérêt de chacun et intégrer les individus éparpillés dans la classe ; à plus long terme, donner le goût du savoir et cibler un projet d’avenir.

I : Comment débuter une nouvelle activité ?

Notre cerveau peut être divisé en trois sphères concentriques : au centre le cerveau reptilien qui gère automatiquement les fonctions vitales, puis le cerveau limbique qui est le centre de nos émotions et actions inconscientes, enfin le cerveau cortical en périphérie où se déroulent nos réflexions conscientes.

A : Stimulons le cerveau limbique :

  1. Par un accueil dans un cadre agréable : salle bien éclairée et insonorisée, à défaut d’être décorée, matériel varié et en bon état ; professeur souriant, (à l’heure !).

  2. Par une présentation attractive : notre enthousiasme, notre allure générale tonique, corps et voix dynamique, réveillent les élèves ; le sujet peut être présenté avec imagination (définitions orales par les élèves, sondage d’opinions préconçues, diapo de choc ou phrase énigmatique…), avec humour (sketchs, débats, associations d’idées baroques…) :
    la définition nécessaire, construite en synthèse, sera bien accueillie même si elle est et rébarbative.
  3. Par une amélioration des conditions de communication :

Notre présence successive en tous points de la classe permet d’aller au devant de chacun, de créer une distance propice à la communication " horizontale " professeur !” élève, de permettre les échanges constructifs inter élèves.

Les échanges " verticaux " sont moins performants car ils ne concernent que les élèves surs d’eux et déjà autonomes au niveau de leur mode de réflexion.

B : Stimulons leur cerveau cortical :

  1. Limiter les sources d’ennui en vérifiant les acquis pour éviter les répétitions, en ciblant le niveau de l’exercice par rapport au niveau de l’élève. On peut lancer par exemple un mot clé : le sujet de la séance et chacun doit dire un mot complémentaire.

  2. Situer chaque nouveau chapitre par rapport à la présentation des thèmes d’étude en début d’année, stimule l’intérêt. Les replacer dans une perspective logique permet de prendre en compte l’avenir. Et il est plus facile de se donner du mal en sachant pourquoi.
  3. Préciser les attentes en connaissances et savoir-faire motive les élèves. Leur préciser le but de chaque séance les aide à construire les liens logiques entre chaque étape. (Avez-vous compris ce qu’on attend de vous ?)

Exemple : quelques conseils de construction pour réaliser une fiche de TP sans piège :

But cognitif

But technique

Titre précis, clair

Indique le sujet sans ambiguïté

Pré-requis donné

De façon à ce que des lacunes antérieures ne nuisent pas à la séance

 

Objectif de connaissance annoncé

Question précise dont il faut trouver la réponse. Elle restera claire si elle est concise : environ 13 mots en 2 propositions grammaticales (pour favoriser la compréhension sachant que l’évocation, base de tout travail intellectuel, enregistre des ensembles de 7 item au maximum simultanément)

Modes de représentation précises, bien adaptées à la réponse.

Barème détaillé indiqué si la séance est à visée sommative

Tarif séparé pour chaque réponse, permettant d’identifier les étapes importantes à développer proportionnellement aux points.

Correction de séance formative en classe

En groupe, chaque élève lit la feuille du voisin, ils discutent pour savoir si la phrase apporte réellement la réponse attendue.

But technique


Objectif d’acquisition de savoir-faire précisé

Fiche de méthode ou de protocole, très détaillée dés qu’il s’agit de la découverte de nouveaux gestes. Il peut être efficace de les construire en interaction avec les élèves, cette " perte de temps " se traduit généralement par une meilleure appropriation.

Possibilité de se faire évaluer sans comptabiliser la note dans la moyenne (le sportif a droit à 3 essais !)


Qualités recherchées citées, évaluées qualitativement ou quantitativement, selon la visée sommative ou formative

Précision et vitesse d’exécution du geste.

Choix de l’outil adapté à l’étape de la réalisation.

Organisation : autonomie, débrouillardise.

Qualité de la réalisation pratique.

 

Les TP doivent être notés

Cette prise en compte dans la moyenne est nécessaire pour entretenir la motivation. Cette note peut, soit être à petit coefficient, soit séparée de celle des contrôles

Limiter le nombre de capacités évaluées au sein d’une séance

Evite la dispersion de l’élève.

Facilite l’évaluation qualitative par le professeur pendant la séance.

II : Relancer l’intérêt pendant une longue séance :

A : Jouons de nouveau sur les émotions nées des sensations :

  1. Reconnaissons chaque élève comme individu à part entière permet une appropriation plus facile :
  2. Il faut donc apprendre le plus tôt possible le nom des élèves, ne serait-ce que pour moucher les bavards !

    Chaque élève doit sentir la possibilité de s’exprimer. Ce qui sous-entend l’obligation de répondre à chaque question, positivement ou négativement ; quitte à aider l’élève à cibler sa demande si elle est trop générale ; quitte à reporter la réponse à une autre séance si on en ignore la réponse ou si on n'a simplement pas le temps.

    Ignorer les questions entraîne un désintérêt contagieux.

    En cas de problème personnel, proposer le dialogue à l’intercours peut suffire à limiter la perturbation.

    Exemple d’actions en classe : ¬ Découverte des personnes constituant le groupe classe à l’aide d’un simple jeu : chacun se décrit brièvement : une phrase sur le physique, une sur le caractère. Toutes les descriptions anonymes sont regroupées en un tas puis tirées au hasard une à une, lue à haute voix par un volontaire. Tous les élèves joignent leurs hypothèses pour identifier l’élève qui s’est décrit.

    ­ Rappel des conditions nécessaires à la communication en partant des suggestions des élèves pour reconstruire les règles de base : faire silence (bavardage ou bruit matériel) pour s’écouter réciproquement, ne pas se couper la parole, tenir compte du contexte pour décoder le message, répondre pour que l’émetteur sache de quelle façon son message a été capté…

     

  3. Evitons les sources d’ennui :
  4. Notre rythme de voix varie pour relancer le travail des sens : notre système nerveux perçoit surtout les changements de l’environnement.

    Cerner les étapes successives d’un même travail permet d’organiser des séances complémentaires et non pas répétitives.

    Exemple : la démarche expérimentale comprend la problématique contenant une observation, qui entraîne la naissance d’une question, à laquelle on réponde par une hypothèse qui demande à être validée ; la validation expérimentale débutant par le choix d’un protocole, poursuivant par la réalisation de l’expérience, l’interprétation des résultats ; la conclusion où l’hypothèse est validée ou infirmée.

    L’intégralité de cette démarche ne tient pas dans une séance de TP ordinaire de 90 minutes. Aussi devons nous fournir une partie des étapes. Plutôt que de faire éternellement réaliser et interpréter l’expérience, il est enrichissant de consacrer de temps en temps une séance à construire une problématique en donnant des phrases dans le désordre ou construire un protocole en donnant des étapes à réordonner dont certaines sont excédentaires…

     

  5. Nos explications font appel aux divers modes de représentations auditives, visuelles, gestuelles :

Adresser des messages formulés alternativement dans chaque mode à chaque élève par l’organe des sens qu’il utilise en priorité. (voir les travaux de La Garanderie)

En simplifiant, on peut avancer qu’un bon élève utilise ses 5 sens et ses capacités d’évocation en sont décuplées (pensez à la madeleine de Proust !). Un élève moyen n’utilisera généralement que le sens de base qu’il a adopté tout petit. Le mauvais élève essaie d’utiliser uniquement un sens imposé par une autre personne en négligeant de partir de son canal sensoriel de base. Aider un élève sous-entend de le conseiller après identification de son mode de gestion mentale.

Le problème est d’autant plus complexe que 50% préfèrent utiliser la 1ière personne (= reformuler les phrases) et les autres à la 3ième personne (garder les phrases des autres sans les modifier)

 

Le visuel inductif

L’auditif déductif

Travaille en :

1ière personne

3ième personne

1ière personne

3ième personne

Se souvient en :

Se voyant en situation

voyant des images devant lui

Réentendant son commentaire

Réentendant la voix du prof, les bruits

Comprend en :

Recherchant le plan, la vision d’ensemble

Comprend en gros, peut sauter des points

Recherchant les étapes chronologiques

En prenant étape par étape

Mémorise en :

Schématisant l’essentiel du plan reconstitué

Schématisant le bilan du livre ou du prof

Récitant ses commentaires

Récitant les phrases mot à mot

S’exprime en :

Créant le plan avant de se lancer : remplit succinctement les paragraphes, va droit au but

Se lançant : invente au fur et à mesure,
est fréquemment hors sujet, oublie de conclure

préfère

La répétition de modèles sûrs.

La nouveauté, l’imprévisible.

Doit apprendre à :

Développer les idées en s’entraînant à les décrire.

Repérer les liens logiques chronologiques.

Créer introduction, plan, conclusion avant d’écrire. Repérer les liens logiques spatiaux, simultanés.

Et n’oubliez pas l’élève gestuel de base qui doit bouger pour s’approprier de nouvelles connaissances !

B : Stimulons leur intellect :

En les mettant en situation de projet : Annoncer lors de la séance précédente le but à atteindre la prochaine fois intrigue et stimule : les bons élèves envisagent déjà des pistes de réflexion. Les élèves plus passifs n’y penseront qu’à peine, sauf si on leur signale la possibilité d’être interrogé à l’oral. En début de séance prochaine, après avoir collationné les différentes idées, nous devons clarifier l’objectif de façon à ne pas piéger les distraits.

En valorisant leurs efforts : chaque étape de réflexion, replacée dans son contexte, conduit à s’approprier la nouvelle notion. Même un travail erroné doit apporter sa part de félicitations, car l’erreur bien corrigée est source de compréhension.

En rendant compréhensible la séance comme un tout : Après avoir en début de séance présenté et développé le sujet, il est important de prendre le temps de conclure en répondant au questionnement de départ à la fin de chaque séance. Bilan en fin de séance : style télégraphique pour les auditifs, schéma fonctionnel pour les visuels.

En permettant aux élèves d’être actifs : La mise en situation au cours de débats en a révélé plus d’un !

En utilisant de nouvelles technologies, dés que possible. Rédiger avec traitement de texte et tableur les cours (rétroprojetés), contrôles et fiches de TP, élimine une difficulté de compréhension qui pourrait naître du manuscrit.

En TP en SVT, dissections et manipulations, filmées par caméscope ou observées sous microscope à mini-caméra, sont projetées sur la télé. ExAO, logiciels de simulation, CD-Rom enrichissent le travail en classe.

En STT, il parait souhaitable de varier les logiciels au cours d’une même séance cognitive ou, si cette suggestion ne cadre pas avec le but poursuivi, d’organiser en mi-temps un petit travail de groupe avec échanges d’idées et prise de note manuscrite avant de retourner finir le travail individuellement sur son poste.

III : Développons leur désir d’apprendre :

A : En créant des projets personnalisés :

Les sorties pédagogiques sont efficaces dés que la notion à faire passer est ressentie comme rébarbative par la majorité. Elles peuvent avoir lieu sur des ½ journées qui ne perturbent pas trop les collègues. La sortie de 2 jours est très performante car elle offre un apport de connaissances pluridisciplinaires dans un cadre hors contexte scolaire, facilitant la mémorisation ; de plus, la nuit (souvent blanche) passée ensemble soude le groupe classe, elle est donc à pratiquer le plus tôt possible dans l’année.
Les travaux croisés
sont très efficaces pour améliorer l’acquisition les connaissances. Les élèves ont alors la possibilité, de découvrir une même notion sous 2 aspects complémentaires. De même pour les TPE.
Les invitations de professionnels en classe
sont peu perturbantes pour les collègues très enrichissantes pour les élèves. De nombreux organismes acceptent de venir gratuitement. Par exemple 2 jeunes chercheurs de l’INRIA de Rocquencourt viendront en février présenter leur métier et l’orientation correspondante en Ts, la seule demande de leur part est que l’on vienne les chercher et qu’on les reconduise. Ce genre d’intervention aide l’élève indécis à se choisir un but, en réalisant pour lui un tri des intérêts, pour mieux cerner son choix professionnel et ce que la matière peut lui apporter.
Voici quelques exemples d'action pédagogiques traditionnelles ou avec TICE.

B : En mettant à niveau leurs capacités :
Je développe depuis 10 ans des leçons de méthodologie permettant la mise en place d’apprentissages théoriques (comment mémoriser, restituer, analyser, évaluer, réaliser une synthèse...) et pratiques (savoir utiliser le matériel spécialisé propre à une discipline). Ces leçons sont basées sur de nombreux exemples pris dans la vie quotidienne et dans toues les matières sans exception, leçons modulées et enrichies à chaque nouveau contact avec les élèves. J’ai rédigé des fiches élèves illustrant chaque méthode de base, accompagnées de fiches professeur, aides à l’encadrement, bientôt accessibles sur le site du Lycée Mansart (78210 St-Cyr l’école).

Un élève doit acquérir de l’autonomie et l’esprit critique : Il n’y a rien de plus effrayant que de voir un jeune gober toutes les infos des médias sans être capable d’analyser et de juger. Il est donc nécessaire de développer une formation à la documentation comprenant l’aptitude à juger de la valeur d’une source, puis une formation à analyser cette matière première pour en tirer une synthèse digne de ce nom.

Ainsi devons-nous pousser les élèves à gérer leur environnement :
à
en concevant par exemple une charte de classe construite selon les besoins par les élèves. Chacun nomme un point qui lui parait important, l’inscrit au tableau. Les élèves discutent en classe de l’ordre d’importance pour ne garder que les points principaux. Le respect de ces points entraîne un effort de la part des élèves, équilibré par une action du professeur citée dans le tableau pour favoriser la prise de conscience de la part des élèves.
à
ou bien en gérant leurs progrès à l’aide de bilan trimestriel. Un tableau nomme les capacités recherchées par les professeurs, dans chaque discipline. L’élève doit remplir ce tableau, il doit donc être capable de s’évaluer honnêtement. Pour être efficace, la prise de conscience de ses qualités et défauts doit être suivie du choix des points les plus urgents à corriger et de l’engagement d’y remédier rapidement.