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Opération mots migrateurs

Ecriture d'une nouvelle bilingue français/anglais à partir d'une image, dans le cadre de l'édition 2007 de la langue française:

Objectifs :
- Ecrire un récit bref et approfondir la lecture d'image.
- Valoriser et réinvestir les acquis du collège (narration) tout en travaillant sur des points du programme de seconde notamment l' utilisation des registres et les ellipses narratives.
- Susciter une nouvelle approche du dictionnaire, des dictionnaires.
- Valider l'utilisation de l'outil informatique (traitement de texte, dictionnaire en ligne…) y compris l'utilisation du correcteur orthographique.

Evaluation :
Les travaux seront transmis à la Délégation générale à la langue française et /ou au ministère de l'Education nationale qui soutient l'opération des mots migrateurs. (janvier 2007) Les nouvelles seront évaluées en trois étapes dans le cadre du cours de français : recherche dans les dictionnaires - étape intermédiaire sur le développement d'un registre dominant - résultat final de l'exercice d'écriture.(de novembre à janvier 2007) Dans la mesure du possible, des récompenses internes à l'établissement seront attribuées.

Support : 7 photos de Doisneau
1. Quai du port, rue Denfert Rochereau, St-Denis - 1945
2. Depuis la rue Gabrielle, Paris 18ème - 1961
3. La stricte intimité, rue Marcelin Berthelot, Montrouge -1945
4. Concierge rue Jacob, Paris 6ème - 1945
5. Chez Madame Lucienne, concierge, rue de Ménilmontant, Paris 20ème - 1953
6. Café à la tartine, porte de la Villette, Paris 19ème - 1953
7. Devant le palais de l'Elysée, Faubourg St Honoré, Paris 8ème - 1946

Déroulement :
=> choisir une photo et en faire soit la situation initiale, soit la situation finale du récit.
=> choisir ensuite une des deux listes de mots en français :
- liste A (abricot / valser /bijou)
- liste B (chic / valser / passe-partout).
=> La liste de mots a voyagé, entraînant dans sa course peut-être d 'autres mots : d'abord chaque terme lexical a été marqué par son origine étymologique, ses divers sens et ses connotations, puis il s'est arrêté un temps dans une nouvelle en langue française pour enfin, parce qu'il avait migré dans un autre langue, être utilisé différemment dans la version anglaise :
- Liste A :
abricot => apricot (fruit) => peach-coloured (couleur - on passe à un autre fruit en anglais) ;
valse => altz (danse) => to send packing (envoyer valser/promener)
bijou => el (joyaux) => darling, precious, dear (mot affectueux/d'amour)
- Liste B :
chic => on peut dire "chic" sans problème, ou alors on va vers elegant, classy
valser => to waltz (danse) => to send packing (envoyer valser/promener)
passe-partout => a master-key/ a skeleton-key (objet) => banal, all-purpose, catch-all (adjectif)

Les brouillons ont été retravaillés en classe notamment en aide individualisée. Mais l'écriture s'est faite à la maison. Chaque nouvelle comporte environ deux pages, imprimées en Times New Roman 12, marges normales et interligne simple.
Nous espérons que la lecture de ces nouvelles vous procurera autant de plaisir que les élèves en ont éprouvé dans l'écriture.

Carnet de bord:
Le travail sur les mots migrateurs a commencé à la fin d'une séquence sur le récit bref et au cours d'une séquence sur le réalisme (et le fantastique en contrepoint). Elle nous a permis d'ouvrir une séquence sur l'objet d'étude : écrire, publier, lire

Etude d'images
=> Tout a commencé par une séance sur l'image fixe : (classe entière) Support : photographie en noir et blanc : Marseille, (1932) Henri Cartier-Bresson (manuel Hatier, p.167) Introduction du vocabulaire d'analyse de l'image fixe : la composition de l'image (profondeur de champ, perspective, lignes de force, angle de vue, cadre, …)
=> Photographies de Doisneau : (en 1 /2 groupe) Présentation des 7 photographies [choisies par les deux professeurs à la suite d'une très longue concertation ! il s'agissait de proposer à la fois une grande diversité (intérieur/extérieur, personnages nombreux /peu nombreux, perspective/absence de perspective, …) et à la fois une certaine unité (Paris, cadre historique)] Dans le cadre d'une seule séance, les élèves ont dû observer les photographies, échanger leurs impressions - il s'agissait surtout d'évoquer ses premières impressions, de dire ce que l'on éprouvait en regardant telle ou telle photo. Le choix s'est avéré très difficile pour certains, tandis que d'autres n'ont pas hésité un instant. Travail pour la séance suivante : rédiger une analyse de la photo choisie en réinvestissant les notions et le vocabulaire vus en classe entière.
=> Analyse des photos choisies : (en classe entière) Il s'agissait de corriger le travail d'analyse de l'image. Cette correction s'est avérée très riche et passionnante. En effet, la plupart des élèves ont révélé un sens aigu de l'observation et ont su " faire parler" les photos bien au-delà de ce que leur professeur avait pu y lire. Certaines remarques spontanées ont aussi éclairé des élèves qui pourtant avaient longuement travaillé sur leur photographie.

Les recherches
=> Distribution aux élèves de la feuille qui reprend le déroulement du concours et introduction des mots migrateurs (en 1 /2 groupe).
=> Recherches lexicales dans les dictionnaires et en particulier dans les dictionnaires électroniques et autres traducteurs. Deux directions sont suivies : sens propre / sens figuré et connotations. Il apparaît ainsi par exemple que le français retient de l'abricot sa chair juteuse et sucrée ainsi que l'évocation de sa région de production, tandis que l'anglais renvoie plus à la douceur de sa peau pour lui préférer d'ailleurs la pêche. Un délai de 2 semaines est accordé à la classe pour produire un schéma narratif et un cadre précis à l'histoire. Un grand nombre d'élèves sont désemparés : par où commencer ?, absence d'idées, regret d'avoir choisi cette photo...
=> Nous nous plongeons tout naturellement (en classe entière) dans les pages du manuel consacré à l'objet d'étude : Ecrire, publier, lire, en particulier Julien Gracq, En lisant en écrivant et l'interview d'Anna Gavalda. Nous reprenons aussi l'extrait de la Préface de Pierre et Jean de Maupassant .

L'aide individualisée
Certains élèves se trouvent toujours en difficulté au bout de deux semaines et n'ont rien produit ou presque, entre deux et cinq lignes, aucun schéma narratif ! Ceux qui réclament de l'aide sont répartis en petits groupes (modules). Ceux qui sont le plus en difficulté sont inscrits en aide individualisée.
=> Une première séance est alors consacrée à des jeux d'écriture avec un choix aléatoire de 5 mots associés à une contrainte d'écriture, par exemple, intégrer les 5 mots dans une petite histoire loufoque, dans le portrait d'un clown, dans un paysage marin... Nous rions beaucoup et tout le monde écrit. Pour la deuxième séance, il faut préparer des mots inspirés par la photo de Doisneau, choisir une tonalité : triste, inquiétante... et écrire une petite histoire en essayant de suivre un schéma narratif.
=> Lors de la deuxième séance d'aide individualisée, nous lisons les productions et chacun doit deviner de quelle photo il s'agit. Puis nous échangeons à l'oral des idées, des impressions pour faire avancer le récit des autres. Ainsi chacun est reparti confiant (sauf un élève) avec quelques idées et une trame à défaut d'un schéma narratif.

Les brouillons
=> Suit un grand nombre d'échanges de brouillons corrigés puis retravaillés, recorrigés, améliorés encore et encore. Chacun travaille à son rythme, chaque brouillon transmis est toujours rendu corrigé à la séance suivante.
=> Rapidement nous passons à la version numérisée, la mise en page ne semble pas évidente pour tous, mais le travail de correction est facilité. Cette étape est toutefois un peu fastidieuse pour tous, pour certains élèves qui rechignent à reprendre leurs brouillons ou qui ne voient vraiment pas comment améliorer la phrase soulignée, mais aussi pour le professeur qui n'en finit plus de corriger et qui a parfois l'impression de toujours retrouver les mêmes erreurs.

La course contre la montre
Le temps presse ! Il faut maintenant songer à la version anglaise, même si certains détails de la nouvelle française restent à améliorer.
=> Attention, surtout pas de traduction linéaire. Il faut tout recommencer ! D'abord écrire un résumé de son histoire, puis développer, paragraphe par paragraphe et bien penser à la connotation des mots ; le lecteur doit retrouver dans la nouvelle anglaise les mêmes émotions que dans la nouvelle française, mais pas nécessairement les mêmes mots !

Epilogue :
Nous devons tout rendre dans quelques jours et nous sommes en retard, les élèves envoient par mail leur version définitive ou déposent leur clé USB. Bref, nous n'avons toujours pas de version brochée, aujourd'hui vendredi 2 février 2007 ! Tout sera envoyé dans les délais, c'est promis. Quoi qu'il en soit ce fut une belle aventure et nous sommes fières de nos élèves !

Saint-Cyr l'école, le 02 février 2007,
Patricia Cochet-Terrasson Professeure de français en 2°1 au lycée Mansart.