Données de base de la
Gestion Mentale

 

résumé d'extraits de La Garanderie

par J.Mirabaud

Antoine de la Garanderie, professeur de philosophie, a étudié au début du vingtième siècle le comportement d'enfants performants en classe préparatoire. Il a pensé que ces enfants avaient une stratégie et les a questionné au cours d'entretiens individuels ou collectifs. Cette recherche a duré des années et a donné naissance aux lois de la gestion mentale, actuellement mis à disposition des élèves en difficulté.
Les écrits de la Garanderie consultés sont
"les profils pédagogiques" 1980
"Pédagogie des moyens d'apprendre" 1982
"Le dialogue pédagogique avec l'élève" 1984
"Comprendre et imaginer" 1987

Voici ci-dessous un résumé de ces lois qui précisent les différentes étapes de la démarche intellectuelle :
la perception,
l'évocation,
les 4 types de gestes mentaux,
la mémorisation.
La compréhention de ce fonctionnement intellectuel a
permis de construire une aide pédagogique basée sur la gestion mentale.

 

A) La perception des sensations :

Nos 5 sens enregistrent passivement toutes les modifications de notre milieu de vie. Des messages nerveux sensitifs sont alors transmis aux centres nerveux qui les identifient en les comparant avec des références en mémoire stockées depuis le plus jeune âge. C’est la perception.
Cette première activité mentale est instinctive, inconsciente. Notre cerveau intègre toutes ces données, et répond par réflexe inconscient si notre survie en dépend. Toutes les autres informations sont soit négligées, soit amplifiées selon l’attention que l’on y porte. Ainsi peut-on suivre une conversation chuchotée au milieu du pire brouhaha.

Pour garder une trace de ces sensations identifiées nommées perceptions, pour faire exister mentalement le message perçu, il faut réaliser une action consciente : c’est l’évocation.

 

B) L’évocation est une création d’images ou de mots, qui sont personnalisés ou copiés :

Pour imprimer la perception en mémoire à court terme, il suffit de se créer une image mentale pour les visuels ou une description mentale pour les auditifs. Ce travail de base ne peut être efficace que si le choix correspond au mode de fonctionnement du cerveau, mode déterminé au cours des premières années de vie qui reste prépondérant toute la vie. Avec l’entraînement beaucoup de personnes utilisent les 2 modes, mais l’un précède toujours l’autre.
L'évocation peut se traduire par une association d'idées. Effectivement certains élèves n'arrivent pas à évoquer fidèlement leur sensation car ils sont victimes d'une association d'idée dont l'idée terminale est mémorisée plutôt que l'idée du début.

L’identification de ces modes est compliquée par l’existence de 2 types de formulation. Le type " première personne " reformule ses perceptions en construisant ses propres images ou descriptions. Le type " troisième personne " conserve ses perceptions telles quelles ont été perçues.

EVOQUER (c'est-à-dire identifier la sensation)

de manière visuelle
en troisième personne (la personne évoque des images extérieures : livre, prof...)
EVOCATION VISUELLE
en première personne (la personne se voit en situation sur ses images ou voit ses notes)
EVOCATION AUTO-VISUELLE
de manière auditive
en première personne (la personne évoque sa voix, son commentaire)
EVOCATION AUTO-AUDITIVE
en troisième personne (la personne évoque la voix d'un autre, les bruits du milieu ambiant)
EVOCATION AUDITIVE

 

 

C) Les gestes mentaux construits à partir de ces évocations sont groupés en 4 domaines successifs :

Antoine de la Garanderie a nommé ces domaines des paramètres. Le premier est accessible à tout humain, les autres sont successivement construits sur celui-ci.
Un élève peut avoit développé des modes de fonctionnement différents selon les adultes qui l'auront influencé au cours de sa scolarité.

Le paramètre 1 (P1) est l’identification du concret : objets, êtres, scènes, gestes simples observables les premières années de la vie.
Ce référentiel de base est établi par évocations visuelles ou auditives, à la première ou troisième personne, selon un mode de fonctionnement inné. Toute construction ultérieure est basée sur le P1, quelle qu’en soit sa qualité. Aussi est-il intéressant de vérifier la fiabilité de ce P1.

Le paramètre 2 (P2) est l’utilisation de symboles, appris mécaniquement : chiffres et nombres, lettres et mots, tables de multiplication et orthographe, appris par cœur de façon à être utilisés automatiquement. Ces symboles peuvent être interprétés différement selon le vécu.
Cet apprentissage est linéaire pour l’auditif : les mots s’enchaînent les uns aux autres, la récitation se fait mot à mot.
Cet apprentissage est non linéaire pour un visuel qui peut parcourir dans n’importe quel sens le contenu de la page, la restitution n’est plus une récitation mais un récit ou un résumé.

Le paramètre 3 (P3) est la compréhension d’opérations complexes abstraites : l’analogie, la déduction, l’induction, la projection temporelle et spatiale. C'est l'époque de la compréhension d'une règle de grammaire, d'une identité remarcable en maths, de la technique d'analyse et de résumé...
Les auditifs comprennent par étapes s’enchaînant les unes aux autres, ils sont bons en analyses et plutôt déductifs, avec une affinité pour les liens logiques temporels.
Les visuels comprennent de façon plus globale, ils sont bons en synthèses et plutôt inductifs, avec une affinité pour les liens logiques dans l’espace.

Le paramètre 4 (P4) est la capacité d'imaginer : Cette imagination permettra d'iventer, créer, découvrir.
L ’auditif a comme seul impératif d’enchaîner les idées, aussi préfère-t-il la nouveauté ; il improvise, crée, invente, modifie au fur et à mesure, et est le roi du développement riche mais hors-sujet.
Le visuel a besoin de créer un plan de projection, un cadre de déplacement, aussi préfère-t-il les exercices répétitifs ; il crée, invente à partir d’une image de la réalisation terminée dans sa tête, et excèle dans les plans équilibrés adroitement conclus mais au contenu atrophié.

En maternelle, P1 et P4 sont développés.
Au collège sont établies les bases de P2.
Au lycée, P2 et P4 sont développés, les bases de P3 sont créées. L'élève qui apprend tout par coeur (P2) mais ne cherche pas a comprendre (P3) aura des difficultés. L'élève qui comprend vite (P3) mais n'a pas le courage d'apprendre (P2) aura un raisonnement limité.

 

 

D) La mémorisation est une suite d’évocations, organisées hiérarchiquement, dans le cadre d’un projet :

La répétition des évocations d’une même perception est une nécessité. Une première évocation laisse une trace provisoire. Chaque évocation successive d’une même notion imprime la marque de plus en plus profondément, à condition qu’un délai trop long n’ait pas effacé la trace précédente. Variant selon les capacités de chacun, le premier délai est en moyenne d’une journée, puis chaque délai double ; le nombre de répétitions nécessaires est en moyenne de 7 fois, mais cela varie avec le degré de concentration qui crée l’amplitude de stimulation sensorielle. Ainsi une seule évocation peut être indélébile si elle est associée à une émotion violente. Par contre, une lecture distraite ne laisse aucune trace. De même un cours suivi d’une oreille n’est pas une première évocation car la leçon écrite dans le cahier sort de l’esprit aussitôt jetée sur le papier.

Retrouver au bon moment ce que l’on a mémorisé demande une classification hiérarchique. Notre cerveau peut mémoriser simultanément une petite quantité de données (en moyenne 7), cette quantité est très variable selon l’entraînement de chacun. Donc pour mémoriser un ensemble complexe, chaque groupe de données doit être étiqueté avec un mot-clef, un groupe de mots-clefs doit être étiqueté sous un titre plus général, et ainsi de suite. L’ensemble prend la forme d’une pyramide et, pour retrouver la notion de base, il suffit d’ouvrir la bonne armoire, de tirer le bon tiroir, de prendre le bon dossier... Si vous avez sur le bout de la langue le nom que vous cherchez, c’est qu’il est mémorisé sous un titre illogique ; pour le retrouver il faut se replonger dans le contexte du moment de la mémorisation, alors on peut retrouver l’association d’idées qui a servi de fil conducteur et égaré le nom dans le mauvais dossier.

Le projet sert de cadre de rangement pour la mise en mémoire. La notion mémorisée est répertoriée selon le but choisi. Un projet à court terme entraîne une mémorisation à court terme : l’élève qui apprend la veille pour le contrôle du lendemain ne se rappelle plus de rien en sortant de contrôle. Il est donc nécessaire d’avoir un projet d’avenir concret, portant au moins sur l’année suivante pour se créer un répertoire permanent.